Analyse du contenu et de la mise en œuvre des plans de foresterie urbaine canadiens
août 20, 2024Quelles sont les différences entre les plans de foresterie urbaine publiés il y a plus de 10 ans et ceux récemment publiés au Canada? Est-ce que les plans québécois diffèrent de ceux rédigés dans la langue de Shakespeare? Quels sont les thèmes qui y sont le plus souvent abordés et comment la mise en œuvre de ces plans se concrétise-t-elle? Voilà des questions auxquelles ont voulu répondre l’équipe du projet de recherche Trees and their socio-ecological effects (Arbres et leurs effets socio-écologiques, TreeSEE/ArbES) de l’Université de Toronto. Trois membres de la Chaire ArbrenVil (Annick St-Denis, professionnelle de recherche, Sylvain Delagrange, professeur à l’UQO et Daniel Boyer, ingénieur forestier à la Ville de Laval) ont participé à ce projet mené par Camilo Ordóñez Barona en collaboration avec Tenley Conway (Université de Toronto) et différents chercheurs canadiens.
Les résultats de ces recherches ont récemment été publiés dans le journal Landscape and Urban Planning sous les titres “A content analysis of urban forest management plans in Canada: Changes in social-ecological objectives over time” et “Gaps in the implementation of urban forest management plans across Canadian cities”.
Dans la première publication, nous avons analysé le contenu de 74 plans de foresterie urbaine (PFUs) de villes canadiennes publiés au courant des 20 dernières années. L’un des thèmes les plus abordés concerne l’augmentation du nombre d’arbres, mais l’entretien des arbres (ex. élagage) est aussi fréquemment mentionné, particulièrement dans les plans anglophones qui sont en général plus longs (moyenne de 27 572 mots) et plus détaillés que les plans francophones (moyenne de 14 855 mots). Il faut dire que des politiques de foresterie urbaine ont été incluses dans l’analyse des documents québécois et que celles-ci fournissent moins d’informations sur les caractéristiques des arbres municipaux que les PFUs.
Bien que les changements climatiques soient de plus en plus évoqués, peu d’objectifs d’aménagements de la forêt urbaine tenant compte de ceux-ci sont donnés. Parler d’augmentation de la canopée et de mitigation des changements climatiques peuvent être vus comme des tendances populaires en gouvernance municipale. Alors que le premier objectif est plus facile à concrétiser en augmentant le nombre d’arbres plantés et en protégeant la canopée actuelle, il semble manquer de connaissances pour adapter la forêt urbaine aux effets des changements climatiques. Les PFUs contiennent peu de mentions et peu d’exemples d’adaptation aux pluies diluviennes, aux sécheresses, au verglas, aux feux et aux tempêtes de vent (Figure 1, Thème 9 : naturalhazards; graphique ‘d’). Quelques plans québécois récents insistent sur l’importance de diversifier au niveau fonctionnel les plantations d’arbres afin de s’adapter aux changements globaux, mais cette notion de diversité fonctionnelle n’est pas abordée dans les plans anglophones (Figure 1, Thème 11 : treediversity; graphique ‘j’).
Dans le second article, nous avons évalué la mise en œuvre des PFUs à l’aide d’un sondage en ligne qui permettait de connaître les caractéristiques de développement du PFU, d’estimer son degré de mise en œuvre ainsi que les bénéfices et conséquences d’avoir un PFU. Près de 120 personnes (n=118) travaillant en foresterie urbaine à travers le Canada ont répondu à ce sondage bilingue. Les caractéristiques des municipalités (taille, type, langue officielle) n’ont pas influencé les résultats du sondage, suggérant que les villes canadiennes partagent une expérience commune en foresterie urbaine. Tous et toutes s’accordent d’ailleurs sur un des bénéfices d’avoir un PFU : cela permet d’accroître les ressources financières en foresterie urbaine. Dans cette étude également, l’importance d’augmenter l’abondance des arbres urbains est ressortie davantage que s’attarder à leur vulnérabilité face aux changements climatiques. Très peu d’objectifs en lien avec les changements climatiques ont été mis en œuvre ou même inclus dans les PFUs.
L’augmentation de la canopée est bénéfique, mais sans tenir compte de la diversité et de la vulnérabilité de la forêt urbaine ou de l’implication de toutes les parties prenantes, elle n’est pas gage de succès et de résilience.
Nous espérons que ces analyses contribueront à élaborer les prochains PFUs canadiens afin de rendre les forêts urbaines résilientes. Les travaux de la Chaire ArbrenVil permettront aussi d’améliorer les connaissances sur les arbres urbains dans un contexte de changements globaux.
Si vous désirez en savoir plus sur ces deux articles, ne manquez pas la conférence d’Annick St-Denis au Rendez-vous arboricole 2024 de la SIAQ.
– Texte d’Annick St-Denis, 20 août 2024 –
